Îles Cocos (Keeling) : plonger sur les atolls les plus isolés d'Australie
À peu près à mi-chemin entre la côte de l'Australie-Occidentale et l'île de Sri Lanka, deux atolls coralliens plats percent la surface de l'est de l'océan Indien. Les îles Cocos, aussi appelées îles Keeling, forment un territoire extérieur de l'Australie, composé de deux atolls distincts et d'une poignée de petites îles couvertes de cocotiers. Il n'y a ici aucun plateau continental, aucune terre voisine pour adoucir l'océan ; les récifs s'élèvent presque à la verticale depuis les grands fonds. Pour les plongeurs, c'est précisément dans cette alliance d'isolement extrême et de mer tropicale limpide que réside tout l'attrait du lieu.
Un point dans l'est de l'océan Indien
Le territoire se trouve loin de tout. Son voisin notable le plus proche est l'île Christmas, elle-même un avant-poste australien isolé, et la plus proche grande terre est l'île indonésienne de Java, au nord. Les îles sont minuscules par leur superficie et ne s'élèvent que rarement à plus de quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui est typique des atolls coralliens partout dans le monde. Ce qui les entoure importe bien plus que ce qui émerge : des lagons turquoise peu profonds, des platiers récifaux découverts à marée basse, et des pentes externes qui plongent vers le bleu profond.
Parce que l'archipel est si reculé, l'océan qui l'entoure est exceptionnellement propre et clair. Il n'y a presque aucun ruissellement, aucune industrie à grande échelle, et seulement une petite population résidente répartie sur les deux îles habitées. La visibilité qui en découle est l'une des raisons pour lesquelles ces récifs jouissent d'une belle réputation parmi les plongeurs voyageurs, même si relativement peu de gens font le déplacement.
Deux atolls aux caractères distincts
Le territoire est en réalité constitué de deux atolls bien distincts. Au nord se trouve une seule petite île, North Keeling, qui se dresse à l'écart et bénéficie du statut de parc national. Elle est inhabitée et accessible uniquement par la mer, et l'accès y est soigneusement encadré afin de protéger ses oiseaux marins nicheurs et son récif intact. Son lagon est presque entièrement fermé, si bien que toute l'île prend la forme d'un anneau quasiment complet.
Au sud, à environ une journée de bateau, s'étend l'atoll plus vaste de South Keeling : un anneau brisé de petites îles enserrant un large lagon. C'est là que vivent les habitants et que séjournent la plupart des visiteurs. Home Island abrite la communauté cocos-malaise, dont les ancêtres furent amenés au dix-neuvième siècle pour exploiter les plantations de cocotiers, tandis que West Island accueille la piste d'atterrissage et les principaux services. Le contraste entre les deux atolls, l'un sauvage et fermé, l'autre habité et ouvert, donne au territoire sa texture singulière.
Darwin et la naissance d'une théorie
Les îles occupent une place discrète mais importante dans l'histoire des sciences. Lorsque le navire hydrographique transportant le jeune naturaliste Charles Darwin y fit escale dans les années 1830, celui-ci étudia de près la structure de l'atoll. Ce qu'il observa l'aida à affiner son explication de la formation de tels anneaux de corail : à mesure qu'une île volcanique s'enfonce lentement sous la mer, le corail qui la borde continue de croître vers la lumière, laissant à terme un anneau récifal enfermant un lagon, là où se dressait autrefois le sommet d'origine.
Cette idée, élaborée en partie à partir de ces récifs mêmes, demeure le cadre admis pour comprendre les atolls. Debout sur un platier ici, on se représente aisément le processus : le corail vivant qui bâtit sans relâche vers le haut, le lagon qui marque le centre englouti, et l'ensemble de l'édifice en équilibre face à l'affaissement lent du fond marin en dessous. Peu de destinations de plongée portent un tel poids intellectuel.
Sous la surface
Les récifs eux-mêmes sont de classiques communautés coralliennes indo-pacifiques. Les coraux durs dominent les platiers et les pentes supérieures, les espèces ramifiées et tabulaires bâtissant la charpente tandis que des coraux plus souples comblent les interstices. Les poissons de récif y sont nombreux et variés, des petits aux couleurs de pierres précieuses jusqu'aux espèces grégaires qui se rassemblent le long des tombants. Comme les atolls reposent isolés en plein océan, la faune marine compte aussi quantité d'animaux plus grands et mobiles, qui parcourent de vastes étendues d'eau profonde.
Les tortues vertes sont un spectacle fréquent, aussi bien en train de se nourrir sur les platiers qu'au repos dans les lagons. Des requins de récif patrouillent le long des pentes externes, et les eaux environnantes voient passer des raies, dont de grandes mantas venues se nourrir. Le cadre océanique attire en outre des visiteurs pélagiques, si bien qu'une plongée sur le mur extérieur peut aisément révéler quelque chose surgissant du bleu. C'est ce mélange qui rend la plongée mémorable : une base corallienne saine en dessous, et la possibilité constante d'une rencontre plus imposante au-dessus.
Plonger dans les passes et les lagons
Parmi les expériences aquatiques les plus prisées figurent ici de douces dérives en palmes-masque-tuba et en bouteille à travers les passes entre les îles, là où l'eau de marée entre et sort du lagon. Un site réputé se trouve au large d'une île inhabitée de l'atoll sud, où un courant emporte les nageurs le long d'un jardin de corail grouillant de poissons et de tortues. Ces dérives relèvent autant de la détente que de l'aventure : on se met à l'eau, on laisse le courant faire le travail, et on regarde le récif défiler.
À l'écart des passes, le lagon abrité offre une eau calme et peu profonde, idéale pour un snorkeling tranquille et pour observer tortues et raies au-dessus du sable et des herbiers. Les pentes externes du récif, exposées à l'océan, sont le domaine des plongeurs en bouteille et exigent davantage de respect envers les conditions, les courants et la profondeur. Entre ces deux extrêmes s'ouvre un large éventail de plongées accessibles, ce qui explique en partie pourquoi ces îles conviennent tant aux débutants sûrs d'eux qu'aux plongeurs chevronnés.
Un isolement fragile qui mérite d'être protégé
L'isolement même qui rend ces récifs si précieux les rend aussi vulnérables. Les écosystèmes insulaires isolés sont sensibles aux espèces introduites, aux débris marins que les courants amènent de très loin, ainsi qu'au réchauffement et à l'acidification de la mer qui menacent les coraux partout. Le statut de parc national de North Keeling et son accès contrôlé traduisent la conscience qu'un récif intact est une chose limitée et précieuse.
On demande en général aux visiteurs de plonger et de nager avec soin : ne pas toucher ni se poser sur le corail, ne rien prélever, et respecter la faune marine ainsi que le lien de la communauté locale avec ces eaux. La faible ampleur du tourisme joue en faveur des récifs et maintient une pression modérée, mais elle signifie aussi que l'équilibre bascule facilement. Traiter le lieu avec délicatesse est le prix à payer pour avoir le droit de le voir.
Notes pratiques pour les plongeurs
S'y rendre demande de la détermination. On atteint les îles par avion depuis le continent australien, et les vols sont peu fréquents, si bien que les voyages se préparent longtemps à l'avance plutôt qu'ils ne s'improvisent. Les hébergements et les services de plongée sont limités et concentrés sur les îles habitées, ce qui rend la réservation anticipée indispensable et la souplesse face à la météo et aux marées bienvenue. La récompense de cet effort, ce sont des récifs qui ne connaissent qu'une fraction de la fréquentation des destinations plus célèbres.
Les meilleures plongées suivent en général les saisons les plus calmes, quand les vents faiblissent et que la visibilité sur les récifs externes est optimale, tandis que le lagon offre des eaux abritées une grande partie de l'année. Quiconque voyage aussi loin devrait prévoir du temps pour simplement être sur les îles, arpenter les plages, regarder les passes se remplir et se vider au rythme de la marée, et mesurer à quel point on s'est éloigné de tout.
Sur la carte
Vous pouvez suivre les deux atolls des îles Cocos, et les récifs qui bordent leurs lagons, sur notre carte interactive. Zoomez pour voir comment North et South Keeling se tiennent à distance l'un de l'autre en plein océan, et comment les bords récifaux épousent la forme de chaque atoll. De là, vous pourrez comparer ces récifs solitaires de l'océan Indien avec des sites de plongée du reste du monde, et commencer à imaginer où votre prochaine plongée pourrait vous mener.